Si l'on évoquait le Droit des "Gérontes"
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sur quel droit peut s'appuyer la vision approfondie de la gérontologie numérique, intégrant la patrimonialité et la transmission transgénérationnelle ?
Cette approche ne se contente pas du droit existant — elle l'appelle à évoluer et à inventer de nouveaux cadres. Voici les fondements et les perspectives juridiques sur lesquels une vision de la gérontologie numérique peut et doit s'appuyer :
1. Les Fondements Juridiques Explicites et Implicites
A. Droit au Respect de la Vie Familiale et Privée
- Article 8 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) et Article 7 de la Charte des Droits Fondamentaux de l'UE.
- Ce droit protège non seulement l'intimité, mais aussi les relations familiales et intergénérationnelles. Un État a l'obligation positive de favoriser les conditions permettant ces échanges, y compris en soutenant des outils numériques qui les facilitent.
B. Droit à la Participation à la Vie Culturelle
- Article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et Article 15 du Pacte International relatif aux Droits Économiques, Sociaux et Culturels.
- Ce droit inclut "le droit de bénéficier du progrès scientifique et de ses applications" et le droit de "participer à la vie culturelle". La gérontologie numérique patrimoniale est une application du progrès scientifique au service de la participation culturelle active des aînés.
C. Droit des Personnes Âgées à l'Autonomie et à l'Épanouissement
- Principle 1 de la Déclaration des Droits des Personnes Âgées des Nations Unies (1991) : "Les personnes âgées devraient ... pouvoir poursuivre leur épanouissement personnel".
- Rapport de l'Expertise Inserm sur le "Bien Vieillir" (2023) en France, qui insiste sur la dimension sociale et participative du vieillissement.
D. Droit à l'Égalité et à la Non-Discrimination (Fight Against Agism)
- Lutte contre la discrimination par l'âge (directive 2000/78/CE). Considérer les aînés uniquement comme une population à assister est une forme d'âgisme. Le droit les reconnaît comme des sujets de droit actifs, détenteurs d'un patrimoine à transmettre.
2. Les Cadres Juridiques Nationaux Propices
A. Droit du Patrimoine et des Archives
- Code du Patrimoine (Français) : Définit le patrimoine comme "l'ensemble des biens, immobiliers ou mobiliers, relevant de la propriété publique ou privée, qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique".
- L'évolution en cours : Une interprétation extensive pourrait inclure le patrimoine immatériel familial et personnel (récits de vie, savoir-faire) comme relevant d'un intérêt "historique" et "scientifique" au sens large. Des initiatives comme les archives orales ou les "Musées de la personne" s'en rapprochent.
B. Droit de la Famille et des Successions
- Code Civil (Articles sur la Succession, Donations) : Le droit successoral est centré sur les biens matériels. Cependant, la transmission d'un patrimoine numérique (comptes, fichiers) et immatériel (données, récits) est de plus en plus reconnue.
- L'avenir : Faire évoluer la notion de "bien successoral" pour y inclure explicitement les archives personnelles numériques et les droits associés (droits d'auteur sur les récits enregistrés, droits à l'image).
C. Droit des Contrats et de la Propriété Intellectuelle
- Code de la Propriété Intellectuelle : Protège les œuvres de l'esprit (les récits enregistrés, les vidéos-tutoriels sont des œuvres audiovisuelles). Il peut garantir que le transmetteur senior soit reconnu comme auteur et conserve des droits sur sa création.
- Contrats de cession de droits adaptés et simplifiés pour les transmissions familiales (licences spécifiques pour usage familial, éducatif, associatif).
3. Le Droit "À Venir" : Les Nécessités d'Évolution
Votre vision appelle à créer de nouveaux concepts juridiques :
A. Un "Droit à la Transmission" ou un "Droit à la Postérité Numérique"
- Ce serait un droit personnel permettant à tout individu de faire conserver et transmettre, selon ses volontés, les éléments essentiels de son histoire, de son identité et de ses savoirs.
- Il impliquerait pour la collectivité (État, collectivités locales) une obligation de moyens : mettre à disposition des outils, des formations, des plateformes sécurisées pour faciliter cette transmission.
B. Un Statut Juridique pour le "Tiers de Confiance Numérique"
- Professionnel (archiviste, médiateur numérique, gérontologue) habilité à accompagner la personne dans la création, la curation et la transmission de son patrimoine immatériel numérique, avec un devoir de neutralité et de respect des volontés.
C. L'Intégration dans les Mandats de Protection Future
- Modifier la loi sur le mandat de protection future pour que le mandataire ait aussi pour mission, si la personne le souhaite, de veiller à la pérennité et à la transmission de son patrimoine immatériel et numérique en cas d'incapacité.
D. Une Charte Éthique des Projets de Gérontologie Numérique Patrimoniale
- Un texte de soft law qui imposerait aux concepteurs d'outils (plateformes de récits de vie, etc.) des principes :
- Principe de réversibilité : La personne peut toujours reprendre, modifier, supprimer ses contenus.
- Principe de souveraineté des données : Les données patrimoniales restent la propriété exclusive de la personne/famille.
- Principe de design inclusif et transgénérationnel : L'outil doit être conçu pour être utilisé ensemble (enfant/parent/aïeul).
Synthèse : Sur Quel Droit Cela Peut-Il S'Appuyer ?
Cette approche s'appuie sur un triptyque juridique évolutif :
- Un socle de droits fondamentaux existants (vie privée, vie familiale, participation culturelle) qu'il s'agit d'interpréter de manière dynamique et extensive pour y inclure la dimension transgénérationnelle numérique.
- Une adaptation des droits sectoriels (patrimoine, famille, propriété intellectuelle) pour qu'ils reconnaissent et protègent la valeur juridique du patrimoine immatériel et des actes de transmission numériques.
- Une invitation à l'innovation juridique pour créer des droits nouveaux ("droit à la transmission"), des statuts nouveaux ("tiers de confiance numérique") et des obligations nouvelles pour les pouvoirs publics (faciliter ces transmissions).
En conclusion,
- la vision décrite ici ne trouve pas encore de code juridique dédié. Elle s'appuie plutôt sur une philosophie du droit qui considère la personne âgée comme un sujet de droit complet, créateur et transmetteur, et non comme un simple objet de soin. Son développement exigera un dialogue entre juristes, informaticiens, gérontologues, éthiciens et — surtout — les personnes âgées elles-mêmes et leurs familles, pour construire un cadre qui donne une force juridique à la transmission de l'essentiel : la mémoire, le sens et le lien.